Le meilleur système du monde (5) ?

Dans son rapport du 10 avril consacré à la pertinence des
stratégies médicales, l’Académie de médecine dresse un constat sévère des
défauts du système français de santé. Trop de bilans de santé qui ne modifient
ni la morbidité ni la mortalité, de dépistages de masse, d’examens biologiques inutiles
(dosage de PSA notamment sans raison clinique), d’ échographies et d’
explorations par imagerie lourde
qui peuvent découvrir des anomalies sans
conséquence qui font enchaîner des examens complémentaires, potentiellement
nocifs, de prescriptions médicamenteuses d’une panoplie de molécules de plus en plus actives et
coûteuses, parfois choisies sur le critère de la nouveauté et sur la pression
des firmes, avec des associations sont de plus en plus fréquentes sur les
ordonnances, soit du fait de la polypathologie, soit au hasard des
consultations de spécialistes qui ignorent les prescriptions antérieures et d’
interventions chirurgicales superflues. La question de la pertinence de
beaucoup de soins remboursés est de plus en plus posée. Le risque de
judiciarisation et le “consumérisme médical” des patients expliqueraient
la plupart des excès mais il n’y a pas de prescription que de médecins, ce qui
souligne la responsabilité du corps médical dans les dérives. Le principe de
précaution a de nombreux effets secondaires négatifs. Il est souvent mis en
avant pour justifier la multiplication des actes dans le but de faire face aux
recours juridiques. Cette pratique systématique d’une large prescription
d’actes pour “se couvrir”
en cas de plainte de la part d’un malade
est une attitude défensive délétère, illusoire et inefficace. Agir de cette
façon ne repose sur aucune base sérieuse, les requêtes contentieuses restent
stables depuis dix ans, et leur fréquence est infime par rapport au nombre
d’actes réalisés
. La stratégie médicale pertinente consiste à prescrire et à
programmer chacun des actes dans un ordre approprié, adapté à chaque situation
clinique, compte tenu des disponibilités des ressources de santé, dans un
esprit d’efficience, qu’il s’agisse du diagnostic ou de la thérapeutique. Elle
est la base de la médecine sobre qui, dans une approche humaniste, soigne mieux
au moindre coût. Outre une réforme des études médicales, l’Académie souhaite,
en ce qui concerne les recommandations de bonne pratique, des formulations
synthétiques, courtes, facilement accessibles, privilégiant les techniques non
invasives, opposables par les pouvoirs publics lorsque des données validées
existent et une rémunération des activités médicales privilégiant l’acte
intellectuel versus l’acte technique, valorisant les primo-consultations, les
consultations lourdes et l’expérience du praticien. De quel genre est votre
médecin, celui que l’Académie dénonce ou celui qu’elle recommande ?
Evaluez-le !

VOIR LE RAPPORT DE L’ACADEMIE DE MEDECINE